Qui est fort et qui a tort ?
La question demeure, suspendue,
Entre les vivants et les morts,
Comme une vérité jamais rendue.
Et condamnent les autres à avoir tort.
Pourtant, nous portons tous des souliers,
Des souliers propres, souillés,
Des souliers usés, sales et mouillés ;
Mais, malgré la poussière de nos pas,
Nous marchons tous sur le même chemin.
Silencieux au bord de nos lendemains,
Réserve à chacun
Son propre demain.
Certains se proclament forts,
Et le maître Destin,
Qui est fort
et qui a tort ?
Nous poussons tous des cris,
Des cris de joie, des cris de souffrance ;
Mais c’est dans leur intensité
Que se cachent nos différences.
Les uns se disent chrétiens,
Les autres se proclament païens ;
Pourtant, curieusement,
Aucun ne veut reconnaître
Qu’il porte en lui l’ombre de Caïn.
Qui est fort
et qui a tort ?
Le riche et le pauvre
Ne rêveront jamais le même rêve,
Mais tous deux vivent,
Tous deux travaillent,
Tous deux accomplissent leurs œuvres.
Les uns disent que le noir
Est la couleur de la mort ;
Les autres prétendent que le blanc
Est le symbole de la force.
Mais, au milieu de ces certitudes,
Personne ne nous dit vraiment
Qui a tort,
Entre les forts,
Le blanc
Et la mort.
Qui est
fort et qui a tort ?
Entre ces garçons
Qui ne savent pas différencier
La beauté mûre
De la maturité sans beauté pure,
Et ceux qui ne savent pas s’habituer
Aux sourires charmeurs,
Aux regards qui désarment,
Aux silences qui séduisent,
Et aux cris d’alarme des femmes…
Qui est fort ?
Qui a tort ?
Qui est
fort et qui a tort ?
Entre ceux qui chantent
L’apologie de l’enfer et du paradis,
Et ceux qui, emportés par l’ivresse,
Ne savent plus distinguer
Le midi lumineux du lundi
Du minuit obscur du samedi.
Entre la lumière et l’obscurité,
Entre la raison et l’ivresse,
Entre le bien et le mal,
Entre ce que l’on croit
Et ce que l’on est…
Qui est
fort et qui a tort ?
Peut-être que nul n’est assez fort
Pour prétendre avoir toujours raison.
Peut-être que nul n’a toujours tort
Pour mériter la condamnation.
Nous sommes tous des voyageurs,
Avec nos blessures et nos grandeurs,
Nos souliers propres ou souillés,
Nos rêves brisés ou colorés,
Nos joies, nos peurs, nos erreurs.
Nous marchons sur le même chemin,
Sous le même ciel,
Vers le même destin.
Qui est fort et qui a tort ?
Peut-être qu'au dernier crépuscule,
Lorsque les puissants déposeront leurs couronnes,
Lorsque les pauvres oublieront leurs blessures,
Lorsque les vivants rejoindront les morts,
Il ne restera plus ni vainqueur,
Ni vaincu,
Seulement une voix,
Douce comme le vent,
Qui demandera encore :
Qui est fort et qui a
tort ? Cogitation…
Brown Willbill, la lumière
de l’espoir (2017)

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